Bonjour les ptits loups !

On continue la série dans mes tiroirs avec un conte écrit il y a quatre ans environ qui se nomme Le gardien, la mégère et la magicienne.

Je l’avais écrit pour en faire un album à destination des enfants de grande section voire de CP, mais il n’a jamais trouvé éditeur à son pied !

Du coup, voici un petit extrait, histoire de s’amuser un peu 😉


Alors qu’il commençait à s’assoupir, le dragon vit apparaître une gracile et minuscule silhouette à travers les feuillages verdoyants en face de lui. Intrigué, il se redressa. La petite chose s’approcha en sautillant.
C’était une fillette pas plus haute qu’un buisson de ronces et frêle comme un roseau. Elle était vêtue d’une robe bleue et portait à son bras un panier recouvert de tissu. Malgré sa déception, le grand monstre ne baissa pas sa garde. Lorsqu’elle se plaça devant lui, il se tint sur le qui-vive. L’enfant lui fit une révérence et déclara d’une voix flûtée :
    Ô terrible dragon, toi qui protèges la caverne enchantée de la Fée Blanche, pourrais-tu m’y laisser entrer ?
Le gardien, éberlué par tant d’audace, gronda :
    C’est hors de question, nom d’un petit chalumeau ! Il est interdit d’y pénétrer !
La fillette se pencha plus en avant encore, sa tresse brune frôlant le sol, et insista :
    Je le sais fort bien, maître cracheur de feu, mais la magicienne m’a fait demander pour que je lui apporte un objet dans sa grotte.
Ce disant, l’enfant montra son panier du doigt. Le dragon se gratta pensivement l’écaille. La Fée Blanche l’aurait-elle envoyée ? Dubitatif, il examina avec une attention redoublée la demoiselle maintenant presque agenouillée par terre. Sa mise était des plus miteuses et ses cheveux, affreusement crasseux. Le gardien prit une grande inspiration : une odeur d’œuf pourri perça sous le parfum fleuri de la petite fille. Cette senteur si désagréable était tellement caractéristique qu’il rit un bon coup. Il allait enfin rompre la monotonie qui l’encroûtait ces derniers temps. Peut-être même aurait-il un bon repas à la clef ? Cela le changerait de ces habituels fruits et légumes fournis par sa Dame. Ces mets ne le rassasiaient jamais tout à fait et manquaient d’originalité. Il interpela la fillette :
    Si tu souhaitais vraiment me tromper, sorcière, il aurait fallu te parfumer mieux que cela ! Tu empestes !
La petite silhouette tressaillit et se transforma peu à peu en une vieille femme hideuse aux cheveux gras et à la peau jaunâtre.
    Saleté de dragon ! Tu as un odorat beaucoup trop développé !
    Hors de ma vue, sorcière ! File, si tu ne veux pas que je t’avale !
La mégère pesta encore une fois, puis se dirigea vers la forêt. Mais avant de s’y enfoncer, elle se retourna, tendit ses doigts racornis vers le gardien et récita :
    Abracadabra, goutte au nez et poil de chat ! Chaque minute de chaque heure du jour, tu éternueras ! Sans pouvoir te contrôler, tu tousseras ! Abracadabra, que le rhume s’abatte sur toi !

A très vite !